Rock en Seine / Muse, Archive, Radio 4, Auf der Maur, Hoggboy, Buck 65, Mr Vegas, Zero 7, Nosfell, Kaolin, Colour of Fire / Domaine National de Saint-Cloud - 28/08/2004

L’un des charmes (?) des transports en commun, c’est bien la promiscuité. Alors, quand on utilise le métro pour se rendre à un festival, c’est assez impayable. De fringants quadras, Converse© rutilantes aux pieds, débattent des mérites comparatifs de festivals de l’été, des adolescents refont le match de la veille (« Putain, mais j’te dis que les White Stripes y’z’ont tout déchiré hier ! » « Ouais, n’empêche, tu vas voir Muse, t’t’a l’heure ! »), quand une bourgeoise de Boulogne, manifestement égarée (tailleur Chanel© et quincaillerie Vuitton© de rigueur), dévisage tout ce petit monde d’un air dégoûté.
Et notamment ces quelques jeunes gens au look militaire, un « styliste » manifestement peu inspiré ayant pompé sans vergogne la tenue camouflage de l’armée de terre pour la collection Bellamy© printemps / été 2004. Quand les wagons se vident station Pont de Saint-Cloud, cela saute particulièrement aux yeux : la grande majorité des spectateurs du jour est venue acclamer le groupe prog-rock du moment, l’omniprésente formation Muse.
Alors, bien sûr, tous ou presque se tamponnent de Kaolin (à raison ?), tout impatients qu’ils sont d’aller dévaliser les stands de merchandising, pour y trouver d’improbables goodies qu’ils n’ont pas encore. Las, la plupart des « échoppes » ont-elles, semble-t-il, déjà refourgué l’ensemble de l’affreuse camelote… Dès lors, malgré la déception, visible, tous ces fans commencent-ils enfin à profiter des différents stands, de l’expo photo de Claude Gassian, boivent-ils quelques mousses (à noter que Rock en Seine est la seule manifestation estivale où « s’enquiller » des pintes revient plus cher que l’équivalent en demis !!!), tentent-ils de bouffer quelque chose de pas trop cher (quasi-impossible !!!), voire assistent-t-ils aux autres concerts programmés ce samedi…
L’affiche, déjà plus faible à l’origine que celle de la veille, pâtit en plus de la défection de dernière minute du Black Rebel Motorcycle Club, qui s’est fait porter pâle. Du coup, quand s’abat une « saucée » de derrière les fagots avant le concert de Nosfell (Hoggboy ayant été déplacé en toute fin de festival), on n’est pas loin de rebrousser chemin, pour s’en aller suivre chez soi, bien au sec, les derniers soubresauts de la XXVIIIème Olympiade.
On se raccroche à l’éventuelle perspective d’une renvoi d’ascenseur Sirkisien (?) durant le set de l’appelée de dernière minute Auf der Maur (!!!), à celle de voir un Bayon (Libé) déchaîné devant ses « chéris » d’Hoggboy, mais surtout à celle d’assister au concert des Radio 4.
Têtes hautes (Heads High), comme le dit le tube de Mr Vegas, nous partons découvrir le jamaïcain, dont le dynamisme ne manque pas d’enflammer les jeunes toubabs français, ravis de découvrir là une alternative au célèbre Bob ou aux incontournables Tryo. Son raggamuffin parfumé de reggae et de calypso fait plaisir à voir, son discours « peace & love » ne manquant pas évidemment de recueillir des doigts levés dans l’assistance. Cool, man !
On aura « dégusté », juste avant, les élucubrations « klokobetziennes » (d’inspiration « kobaiennes » ?) de Nosfell, le p’tit protégé de Garance Productions, et surtout la malice de Buck 65, délaissé par ses partenaires de tournée, occupant la scène principale comme un grand, en composant un personnage irrésistible, désinvolte comme il faut.
No One Knows, sa reprise « hip-hopisée » des Queens Of The Stone Age, recueillera tous les suffrages, et c’est donc un public relativement chaud qui pouvait applaudir l’entrée sur scène de Radio 4, une fois « l’encombrant » matériel du canadien fantasque replié, c’est-à-dire une platine vinyle (et un seul disque pour l’ensemble des scratches proposés !)… et une platine CD (contenant la bande-son du concert) !
Les new-yorkais auront davantage mis les roadies à contribution, en se présentant à cinq sur les planches, avec un jeu de percussions occupant une bonne partie de l’espace scénique. Ils en feront d’ailleurs bon usage, proposant un set enlevé, assez dansant, dans lequel on retiendra surtout les compositions des deux premiers albums (The New Song and Dance et Gotham!); le petit dernier, Stealing Of A Nation, sur lequel nous reviendrons bientôt, ne semblant pas disposer d’autant de perles « post-punk ». On avouera quand même avoir un petit faible pour Party Crashers, son affolant premier single, mix parfait de The House Of Jealous Lovers (The Rapture) et de Dance To The Underground, « hymne » du groupe d’ailleurs exécuté en rappel.
50’ plus tard, on tentait une petite escapade vers Zero 7, avant de refluer bien vite vers la Grande Scène (trop de monde), espérant se payer une bonne tranche de rigolade devant Melissa Auf Der Maur.
Que nenni ! L’ancienne bassiste de Hole et des Smashing Pumpkins (elle remplaça D’Arcy lors de la tournée d’adieu des « Citrouilles ») propose un set assez plaisant, dans des tonalités métal plutôt convaincantes.
Bien sûr, son adaptation en français de Taste You (« Viens vers moi, branche-toi, Et je vais t'avaler, I will taste you » (sic)) est complètement ridicule, mais la jolie canadienne, dans une tenue de scène éclatante, est plutôt touchante, et ses interventions entre les morceaux, avec son accent québecois à couper au couteau, sympathiques.
Qui plus est, en bonne professionnelle, se met-elle tout de go le public de Muse dans la poche, déclarant qu’ « après avoir partagé une bonne partie de son périple nord-américain, elle trouvait le groupe incroyable, et qu’elle était particulièrement heureuse de jouer avant eux sur scène. » (re-sic)
On ne pourra pas vraiment confirmer ses dires, après avoir seulement « apprécié » quelques minutes du show. Un concert très professionnel semble-t-il…
Comme celui d’Archive d’ailleurs, dont on retiendra l’incroyable Again, morceau de bravoure d’une formation où vocalise toujours étonnamment Craig Walker, et qui, sur pas loin de 20’, dans un écrin idyllique (Scène de la cascade), durant une nuit de pleine lune réhaussée d’éclairages parfaits, aura envoûté l’assemblée.
Pendant la majeure partie de la performance de Matthew Bellamy et des siens (dont un petit nouveau, débauché chez The Streets), nous étions, quant à nous, avec à tout casser 150 ou 200 personnes (dont le sempiternel représentant breton, comme de coutume équipé d’un drapeau flottant au vent), au show d’Hoggboy, petites frappes une fois de plus impayables dans leurs beaux ensembles en cuir, sosies improbables du BRMC excusé.
Un bel épilogue rock’n’roll pour cette deuxième édition de Rock en Seine, dont le succès public est indéniable : 48 000 spectateurs en tout sur 2 jours (23 000 le vendredi et 25 000 le samedi (guichets fermés)).
Reste maintenant à pérenniser sur le long terme une manifestation dont le mode de fonctionnement est quand même désarçonnant : à contrario de la plupart des festivals, le « couvre-feu » y est en effet instauré dès 23h30, pour que tout le monde puisse sagement rentrer avec les transports en commun.
Une question est vraiment sur toutes les lèvres : à quand un camping à Rock en Seine ?
Ecrit en collaboration avec Jérôme Crépieux (jerome@foutraque.com).
Plus d'infos : www.rockenseine.com