Rock en Seine / Pixies, Vitalic, Queens Of The Stone Age, Jurassic 5, The Arcade Fire, Hot Hot Heat, Fort Minor / Domaine National de Saint-Cloud - 25/08/2005

« Chaque journée est un élan qui traverse l’histoire. » Tout le monde attendait les Canadiens d’Arcade Fire, à l’origine d’un des plus beaux albums de l’année : Funeral (Rough Trade). Sans oublier de jouer les titres phares de leur premier long format (Neighborhood #1, #2 et #3, Rebellions et surtout le merveilleux morceau d’ouverture Wake Up, dont se sert actuellement U2 dans sa tournée mondiale) Win Butler (petit-fils de l’inventeur de la pédale steel) et la francophone Régine Chassagne ne tardaient pas à combler de bonheur les amateurs de pop symphonique et barrée. Une musique envoûtante et baroque qui prend toute sa force sur scène, un peu comme si les B-52’s croisaient le fer avec les Talking Heads et The Polyphonic Spree. Sortant des sentiers battus, aussi bien musicalement (formation classique basse-guitare-batterie accompagnée par deux violons, un accordéon, un clavier et des percussions) que scéniquement (des poses décalées – casque sur la tête –, des musiciens interchangeables, une raideur apparente), Arcade Fire réussissait son coup sans toutefois provoquer le raz-de-marée attendu. Le temps de boire une mousse à 5 euros (!), et voilà le gros de la foule repartie sur la Grande Scène assister à la prestation des Queens of the Stone Age. Alors qu’on s’attendait à une déferlante de métal et de grosses guitares saturées, Josh Homme, raide comme un piquet à cause d’un genou récalcitrant, démontrait sans mal ses talent de guitariste et d’interprète, jonglant avec les tubes (No One Knows, le récent Little Sister), ses fameuses Desert Sessions (I Wanna Make It Wit Chu, entre autres) et des titres bien plus furieux. Juste le temps de voir quelques démonstrations « freestyle » des excellents Jurassic 5, formation de 4 MCs aguerris et de 2 DJs habiles (Nu-Mark en l’occurrence, Cut Chemist étant absent des débats) – heureux de voir des petits Frenchies s’éclater sur leur son funky et profitant de l’occasion pour faire une diatribe anti-Bush (Freedom) –, que déjà retentissait l’appel du large… Le chant des sirènes entonné par Frank Black et sa bande (Joey Santiago, David Lovering et Kim Deal) n’eût malheureusement pas l’effet escompté, malgré quelques perles tirées de leurs albums Surfer Rosa (1988), Doolittle (1989) & Trompe Le Monde (1991). Entre un Frank Black bouffi (par l’alcool ?) vociférant avec peine et une Kim Deal tirant nonchalamment sur sa clope, on ne pas peut dire que le groupe débordait d’enthousiasme ! Le public bien présent ne boudait pourtant pas son plaisir, reprenant en chœur les grands morceaux du combo (Monkey Gone to Heaven, Where is my Mind?, etc.). Pas convaincu, je décidais d’aller voir le frenchy Vitalic, deux ans après sa prestation moyenne de Welcome To The Rave. Au milieu de ce live très proche d’un DJ-set, on devait reconnaître quelques titres du récent OK Cowboy (dont l’inusable La Rock 01), avant que Pascal Arbez ne parte dans d’étonnantes pérégrinations : de nouveaux titres, dont un reprenant la base du Suicide Commando de DJ Hell (lui-même issu du groupe germanique No More). Les plus jeunes n’allaient, en tout cas, pas être déçus par le Dijonnais de Gigolo, manifestant bruyamment leur plaisir de vivre cet instant de communion électronique.
Le ridicule ne tue pas, certes. Mais aller chercher une citation (en l’occurrence du regretté Jim Morrison) sur Internet pour se la jouer rebelle, il n’y a guère que les politiques pour faire ça ! Jack Lang n’a plus le monopole de la démagogie : Jean-Paul Huchon (ndr : actuel Président du Conseil Régional d’Ile-de-France et proche d’un certain Lionel Jospin…) est désormais lui aussi dans la place (publique). On le remerciera néanmoins d’avoir crevé le budget culture de la région pour organiser un tel événement…
Du rock, on allait beaucoup en entendre durant ces deux jours, mais c’est le hip-hop « burné » de Fort Minor, formation du MC de Linkin’ Park qui devait accueillir jeudi sur les coups de 16h la plupart des festivaliers. Moins « surproduite » que la musique du groupe précité, le rap de Mike Shinoda et sa bande s’avérait au final assez efficace mais un peu lourdingue.

Arcade Fire
Le corps et l’âme chargés de bonnes vibrations, l’heure était aux popeux de Hot Hot Heat, auteurs de quelques tubes dansants qui se ressemblent tous un peu mais filent la patate. Une scène Canadienne qui se porte décidément très bien, entre les artistes du label Constellation, la bande à Gonzales expatriée en Europe (dont fait partie Feist, présente le lendemain sur la Scène de la Cascade) et les producteurs de musique électronique (Mathew Jonson, etc.)…

Queens Of The Stone Age
Jurassic 5

Pixies

Vitalic
Quelques heures d’un sommeil écourté allaient ensuite être nécessaires pour profiter de l’affiche éclectique du lendemain (Robert Plant, Amp Fiddler, Feist, Baby Shambles, Goldfrapp, Franz Ferdinand…).