Les Nuits de Villette Numérique / Mocky, Hot Chip, Abstrackt Keal Agram, Luke Vibert, DJ Assault, Optimo, Lord Jazz, Soulwax... / Grande Halle de la Villette (Paris) - 24/09/2004

Inutile de revenir sur les performances hallucinées de TV On The Radio ou de Tuxedomoon, largement commentées dans la presse spécialisée. Ni sur l’incroyable pêche de Spektrum, formation découverte dans la fournaise de Benicàssim. En revanche, il convenait de rendre hommage à l’éclectisme de la programmation de ce vendredi, en marge des têtes d’affiche Soulwax et Felix da Housecat.
Alors que les premiers dévoilaient de larges extraits de leur récent Any Minute Now, le second délivrait quasiment le même set que cet été en ouverture du FIB : rengaines électroclash, remixes en béton et rythmiques 4/4 immuables. Bref, pas grand chose de sexy à se mettre sous la dent.
Si sur disque le remix par Soulwax du Rocket Ride du DJ chicagoan conjugue parfaitement fureur électrique et folie acid, ni l’éponyme Any Minute Now, ni la bombe NY Excuse n’ont vraiment convaincu le public, les Belges se fendant à nouveau d’un son gras, limite inaudible. Les postures scéniques des frères Dewaele ne dégageant d'ailleurs pas la même spontanéité que les Américains de TV On The Radio… Laborieux.
Il fallait en fait aller voir du côté des petites scènes pour découvrir le devenir de la musique : toujours plus funky avec Mocky, booty avec DJ Assault, urbain avec Abstrackt Keal Agram.
Un choix cornélien devait mettre de côté Optimo et Luke Vibert, chantres respectifs de la house et de l’électro new-school, mais permettre dans le même temps de découvrir la 8 bits music acidulée de Hot Chip, programmée par le collectif « Kill The Dj » : une prestation débridée et amusante, portée par des beats disco ou hip-hop sur des sons Bontempi.
Le Canadien Mocky, auteur du fourre-tout mais génial Are+Be, n’allait pas mettre très longtemps à réchauffer le public du « Club », avec sa pop du 21ème siècle : Mickey Mouse Muthaf***, How Will I Know You ou Sweet Music, autant de tubes potentiels exécutés par ce bouffon (au sens noble du terme) des temps modernes, accompagné pour l’occasion de Taylor Savvy à la batterie et d’une chanteuse remplaçant Feist sur Just Need Time. Une vraie bête de scène, l’ami Mocky !
Une autre bête… de sexe, allait suivre, en la personne de DJ Assault, alias Craig Adams - auteur du fabuleux Off The Chains EP en 2000 -, pour une heure et demie de ghetto techno torride. Les « fuck », « bitch », « sex », « tits », « dick » et autres « shit » fusent à tout va, le DJ se transformant pour l’occasion en MC et en pur « entertainer » à l’Américaine. Scratches, passe-passe, avec Assault la technique du hip-hop est appliquée sur un tempo rapide (de 140 à 170 bpm), et ça déménage ! Epoustouflant bien qu’un peu lassant à la longue.
Avant l’électro-funk du néo-Berlinois et la booty du Bad Boy de Detroit, A.K.A. démontrait qu’on peut faire du rap français incisif et intelligent. Moins foutraque que DSL et plus expérimental que NTM, le hip-hop teinté d’électronique d’Abstrackt Keal Agram a toutes les chances de se faire connaître rapidement du grand public...
Pour conclure cette soirée, le rendez-vous était pris avec l’américain Lord Jazz, à l’aise dans les sons old-school et le chauffage de salle.
Cette première nuit de Villette Numérique était donc l’occasion de se faire une idée de la musique d’aujourd’hui et de demain, quelle qu'en soit sa couleur. Une véritable aubaine pour les curieux.
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