Björk + Peaches / POPB (Paris) - 16/06/2003

Un concert de l’Islandaise à Paris est forcément un évènement, même si l’enceinte du POPB se prête davantage aux compétitions sportives... C’est bien dommage pour une artiste de cette profondeur, dont les œuvres méritent une écoute confortable.
Un merchandising important venait en outre vider des portefeuilles déjà bien entamés. Des t-shirts peu originaux et des posters à prix prohibitif trônaient ici et là.
Mais revenons à l’essentiel. C’était la première fois depuis Khan (mais lui n’était pas obscène) que j’assistais, personnellement, à une telle débauche de vulgarité. Je parle bien évidemment de la performance en première partie de la canadienne Peaches, copine déjantée de Gonzales. Son site Internet est d’ailleurs sans ambiguïté. Cette fille aime le second degré, et le fait savoir ! Les extraits de son prochain album Shake Yer Dix et Stuff Me Up comme ceux du premier, The Teaches of Peaches (sorti en 2000 sur Kitty-Yo), n’ont pas vraiment plu au public parisien, jeune et bourgeois, peu habitué à être si malmené. N’empêche que Peaches devrait collaborer avec Iggy Pop sur son prochain opus. Pas folle, "la pêche" !
Quant à Björk, que dire ? Un concert millimétré, des rappels prévus à l’avance, une longue attente faite d’ajustements techniques et sonores, un son parfois bancal, mais... Un vrai bonheur de voir de près ce petit bout de femme qui soulève les foules partout en Europe, avec sa musique qui ne ressemble à aucune autre. Entourée de Zeena Parkins, des bidouilleurs Matmos et d’un ensemble de cordes, la fée mène son bateau ivre sans complexe ni retenue. Et si ses tics s’amplifient avec les années, c’est pour mieux vivre et ressentir son art...
Les tubes s’enchaînent (Nature Is Ancient, Human Behaviour, It’s In Our Hands, Pagan Poetry, Hunter, Joga) mais c’est Hyperballad, dans une version proche du remix de LFO, qui réussit à débrider définitivement l’assistance, avant le fantastique show pyrotechnique final sur le métallique Pluto. Zeena Parkins, impériale à la harpe et au clavecin (on croirait entendre Golden Brown des Stranglers), donne toute son ampleur au lyrisme de Björk, aussi bien à l’aise dans la dance music que dans le chant classique. Probablement grâce à sa riche éducation musicale.
Les californiens de Matmos ont quant à eux toute leur place derrière l’islandaise, même si les click’n’cuts du duo manquent un peu de rigueur par rapport au travail d’un Mark Bell. Organique, ce show est également un concentré de technologie. Des projections vidéo illustrent à merveille le propos de Björk, qui sourit de voir les images susciter une telle attention.
Les timides « Merci bien ! » de l’islandaise contrastaient avec les « Thank You ! » assurés de la néo-berlinoise, vexée par l’accueil glacial que lui réservait Bercy. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, Peaches sait y faire pour capter l’attention d’une salle. Ses cabrioles et ses vocalises n’ont rien à envier à Nina Hagen, ni ses accoutrements d’ailleurs !
Moi qui me disais, "Voir Björk et mourir", j’avoue avoir été un peu déçu, en comparaison avec ce que peut produire sur scène une autre artiste féminine comme PJ Harvey. Les milliers de spectateurs ont attendu un vain un dernier rappel. A l’Olympia, Polly Jean était revenue, elle, 4 fois. Vivement Rock en Seine !
Plus d'infos : www.bjork.com