Motherfuckers gonna drop the pressuuuuure...
On a tous déjà entendu à la radio cette phrase lourde de sens (et qu'on pourrait traduire approximativement par "Moi je mange de la compote à la pêcheuuuuuh..."), répétée à l'envi dans le tube qui a fait connaître Mylo, Drop The Pressure, incontestable numéro 1 des clubs depuis le début de l'année. Un succès considérable, dans la foulée de Call On Me d'Eric Prydz, alors même que In My Arms et son sample intelligent tiré du Bette Davis Eyes de Kim Carnes (rivale de Bonnie Tyler dans les années 80...) commence à envahir les ondes et les pistes de danse.
Afin de justifier le buzz autour de l'Écossais, une bonne partie de la branchitude Parisienne s'était donnée rendez-vous lundi soir à la Cigale, pour un Live "nouvelle formule" de Myles MacInnes (batterie + guitare/basse + claviers), accompagné de trois musiciens pour l'occasion. Un concert très attendu, précédé de critiques dithyrambiques dans la presse (essentiellement rock), comparant déjà Destroy Rock & Roll au phénomène Homework (Daft Punk). La démarche de Mylo, très pop, s'apparentant pourtant plus à celle des Norvégiens de Röyksopp, comme lui très à l'aise dans la house extatique et le downtempo cajoleur.
Rien de bien original dans le concept (images répétitives à la Kraftwerk et kaléidoscopiques à la Denise Fabre en fond), donc, mais des hits à la pelle balancés avec enthousiasme et modestie, des qualités de plus en plus rares chez nos amis britanniques (mais Myles n'est pas Anglais).
Bref, les ingrédients indispensables pour faire de ce lundi travaillé un agréable moment de relâche avant la routine du milieu de semaine. Sans vraiment convaincre, Mylo réussissait son pari : faire de la Cigale un immense dancefloor acquis à sa cause, rappel à l'appui. Si la techno a Vitalic, la house peut maintenant compter sur lui.
Auparavant, Grand National et sa pop mollassonne tentait de se regaillardir avec des reprises de Police et New Order (l'inusable Blue Monday) mais ne parvenait pas à masquer l'immonde coupe de cheveux de son chanteur. A retenir, l'efficace Playing On The Distance, tiré du bon premier album Kicking The National Habit. Dommage d'avoir loupé Drink To Moving On... Shit!
Bilan des courses : Mylo 1 - Grand National 0. Moi qui m’attendais à un match nul…
Plus d'infos : www.mylo.tv / www.sundaybest.net
Photo : Pirlouiiiit
Imaginez le fruit d’une liaison entre Buster Keaton et Janis Joplin, le mariage de l’humour noir et du blues blanc. Ne cherchez plus, c’est Anaïs, nouveau phénomène de la chanson française récemment récompensé au Printemps de Bourges par les prix « Attention talent scène » et « disque ».
En un peu plus d’un an, l’Aixoise aura parcouru tout l’Hexagone – du petit bar à vins Parisien Au Limonaire au Poste à Galène de Marseille en passant l’Olympia (en 1ère partie de La Grande Sophie) ou le « Off » des Transmusicales de Rennes – pour faire découvrir son « Cheap Show » unique et déjà culte.
Il faut dire qu’Anaïs Croze (aucun lien de parenté avec Pauline) sait jouer comme personne avec les sons et les mots, les accents (écossais, québécois…) et les mélodies, égratignant au passage quelques « tenanciers » de la chanson française (dont nous tairons les noms par politesse).
Parmi les perles de ce spectacle bien rodé (Rap collectif, Christina, B-B Baise moi…), véritable One Woman Show musical qui devrait prendre fin en décembre, à signaler le fantastique Bad blues player, impressionnant exercice de style qui laisse entrevoir les capacités – très rock’n’roll – de la jeune femme…
Et même si parfois il se fait prendre (notamment sur Mon cœur mon amour), le public en redemande ! La marque des futur(e)s grand(e)s.
A lire :
Anaïs au Limonaire
Anaïs à la Scène
Plus d’infos sur le festival Le Bus : www.le-bus.com
N.B.: The Cheap Show (TSK music) dans les bacs depuis fin mai
Le nom du groupe évoque autant les gélules de speed prisées par les mannequins que les cachets d’ecstasy des jet-laggers de la danse. Sans doute peut-on y voir là un trait d’humour caractéristique de Vlad, le géant serbe à la tête de my diet pill…
Le groupe niçois, en quête de reconnaissance, avait donné rendez-vous à son public au Truskel, petit bar-club de la rue Feydeau, pour la première date de son week-end parisien. Après une attente un peu plus longue que prévue, semble-t-il due au tournage d’un clip de Zita Swoon, my diet pill prenait la tangente par un premier jet lancinant et psychédélique du meilleur effet, emmenée par une basse ronde et moelleuse, avant de lâcher définitivement les guitares, pour 1h20 de pop indie influencée par les Pixies, Smog (dont ils allaient reprendre un titre) ou Pavement.
Une musique de spécialistes pour initiés ? Pas seulement. La pop de Blur devait en effet croiser, tout au long de ce set éclectique piochant dans les 2 albums sortis à ce jour, le punk binaire des Ramones ou le blues poisseux de Giant Sand, pour le plus grand plaisir d’une assistance enfin désinhibée par les assauts électriques du quatuor.
Sandy’s Bathroom, tube en puissance, finissait par convaincre les plus réticents que my diet pill, efficace et généreux sur scène, a toutes les cartes en main pour devenir l'un des fers de lance du rock à la française.
Plus d'infos : www.mydietpill.net
La Scène, c’est un peu « the place to be », le lieu de rendez-vous privilégié entre les artistes confirmés (ou en devenir), les D.A. (comprendre directeurs artistiques) et les journalistes, voire les autres s’ils ont un peu de chance. Ce mardi soir pluvieux (mon brushing s’en souvient encore) avaient lieu trois enregistrements de l’émission La bande passante, animé par le jovial Alain Pilot sur RFI. Et comme de coutume, il fallait montrer patte blanche à l’entrée pour pénétrer ce joli terrain de jeu (à 6 euros le demi...) de la rue des Taillandiers, à 2 pas du mythique (sic) shop Techno Import.
A l’affiche ce 5 octobre, la découverte Anaïs, les connus Paris Combo et le méconnu Rachid Taha, pour un résultat… inégal.
La plus jeune a, comme au Limonaire un mois plus tôt, conquis l’assistance à froid avec 2 chansons et demi (le demi étant une parodie hilarante du Rock your Body de Justin Timberlake, avec beatbox et breakdance) : les tubes potentiels Mon cœur mon amour et Christina, perles de sa démo distribuées sous le manteau. Pas de doute, le plus bel avenir est promis à La petite Anaïs, qui assurera prochainement la première partie de La Grande Sophie à l’Olympia (+ d’infos dans l’agenda).
Suivait Paris Combo, emmené par sa chanteuse Belle du Berry, pour un voyage aérien entre chansonnette, swing manouche, java et mambo. Leur prestation n’aura pas laissé un souvenir impérissable, malgré un rappel un plus convaincant. Venus célébrer leur dernier album studio Motifs, on n’enlèvera pas le plaisir de jouer – et c’est peut-être là l’essentiel – à ces quatre quadras heureux de vivre.
Heureux qui, comme Rachid, a fait un beau voyage à travers les genres et les époques, pour nous proposer un condensé de son récent Tékitoi : Tékitoi ?, justement, en duo avec le chanteur des Têtes Raides, Christian Olivier, mais aussi et surtout la reprise des Clash Rock El Casbah. Suivis du classique de la chanson Algéroise Ya Rayah, magnifiquement interprétée par les musiciens de Rachid Taha, en particulier son joueur de oud. Mélancolique et festif à la fois.
Sur fond de transe, rythmiques techno, guitares électriques et cordes orientales se conjuguent à merveille chez l’ex-chanteur de raï, devenu star du rock à l’instar de Peter Gabriel, Steve Hillage (son éternel partenaire et producteur) ou Brian Eno (qui collabore au dernier album). Putain, c’est historique ce soir ! délivrait dans la soirée celui qui devait conclure une soirée placée sous le signe de la bonne humeur et de l’éclectisme musical.
Plus d'infos : www.rfi.fr/fichiers/Magazines/emissions/musique/bande_passante_tv.asp
« Il incombe maintenant aux organisateurs de pérenniser l’événement sans en écorcher l’éthique. » C’est sur cette phrase lourde de sens pour la techno que je concluais mon compte-rendu de l'édition 2003 de la Parade Parisienne.
Un an après, le rendez-vous était pris à Montparnasse, lieu de départ inédit qu’avait bien tenté de modifier à la dernière minute (sans succès), une Préfecture de Police certainement alertée par les riches commerçants de la rue de Rennes. Le soleil et une relative chaleur étaient de mise, ce qui laissait augurer un après-midi de rêve…
A mon arrivée résonnent déjà les basses surpuissantes des chars engagés dans la lutte contre l’ignorance et l’ostracisme. Un morceau en particulier retient mon attention : Can You Feel It... L’hymne de Mr. Fingers ? Non, celui de Jean-Roch… (sic) « Ça commence bien », me dis-je dans mon for intérieur. Les temps changent… NRJ est omniprésent avec ses capotes intimy bon marché et son char au gros ballon blanc. Certes, l’organisation a besoin d’argent pour mener à bien son projet, mais qu’est-ce que les actionnaires de ce groupe coté en Bourse ont à faire de la techno ? Serait-elle devenue une valeur porteuse, une marchandise ?
Des intérêts financiers qui ne peuvent masquer la perte de vitesse du mouvement, dont la plupart des acteurs a aujourd’hui la trentaine passée et/ou des enfants à charge… Même si les jeunes ont pris le relais, ils se foutent pas mal du combat que peuvent mener les organisateurs de soirées. A part quelques chars, difficile d’identifier les protagonistes de l’événement. Les filles posent et les garçons regardent. Où est la musique dans tout ça ? Quelques tracks connus, un ou deux classiques, des mixes gênés par les arrêts intempestifs des camions et un beat house au kilomètre, pas vraiment de surprise mais les plus jeunes adorent.
L’ouverture à tout objet sonore roulant n’aura pas eu l’impact souhaité. La Parade devait passer par les boulevards St Germain et Henri IV, le Pont de Sully pour se terminer en fin d’après-midi à Bastille. Je veux bien qu’on me raconte la suite, j’ai rebroussé chemin…
Plus d'infos : www.technopol.net
Comme dirait Saint-Ex, « on ne voit bien qu’avec le cœur ». Difficile, par conséquent, de décrire les prestations d’une icône si fascinante.
L’anglaise m'avait déjà subjugué, lors de la première festival Rock en Seine (en formation restreinte guitare + basse + batterie), dévoilant ce qui allait devenir le meilleur morceau de son futur album Uh Huh Her (Who The Fuck?), du moins le plus efficace... Certains ont cru y voir une réminiscence du brûlot Rid of Me, mais c’était sans compter sur le talent de PJ Harvey, une fille de la mer qui a horreur de se répéter.
Rapidement lassé par les courtes prestations de Moris Tepper et Modest Mouse, ce malgré le blues-rock déjanté du premier et les chœurs assurés sur une chanson par Pee Jay elle-même (« Mais c’est qui la fille, à droite ? »), le public parisien – toujours aussi frileux – s’est laissé entraîné durant près de 2 heures dans les lumières du show développé par la diva, en tenue très sexy (même si les escarpins roses font un peu « pétasse ») : en vrac, Uh Huh Her (inédit qui a donné son titre à l’album), The Letter, Who The Fuck?, You Come Through (prochain single plus intimiste à sortir en juillet), Shame (seul bémol de la soirée), l'émouvant The Darker Days of Me & Him et Cat on the Wall pour les plus récentes, Big Exit, The Whores Hustle... et Good Fortune pour Stories From The City, Stories From The Sea, A Perfect Day Elise pour le sombre Is This Desire?, Meet Ze Monsta et Down By The Water pour l’excellent To Bring You My Love.
Comme l’annonçait son site Internet peu avant, Marianne Faithfull était bien de la partie hier soir. Très humble, des lunettes de vue rivées sur le nez et une feuille de papier sous les yeux, l’ex-junkie reconvertie en mamie du blues, a interprété 2 des 5 titres co-écrits avec Polly, The Mystery of Love et My Friends Have.
Et la star de la soirée de conclure en apothéose avec deux de ses meilleurs titres, Rid of Me et To Bring You My Love, un Live irréprochable. Une nouvelle PJ, cabotine et sûre de son charme sur lequel il n'y a rien à redire. La marque des grand(e)s. Mais saura-t-elle à nouveau nous surprendre ? Rien n’est moins sûr... Suite au prochain numéro.
Plus d'infos : www.pjharvey.net
J'avais quitté le sympathique Bugge (prononcez Boogie) sur la scène humide du Festival de Jazz de La Défense, en juin 2001, puis quelques mois plus tard, aux côtés de Laurent Garnier dans un Rex Club surchauffé (on se souvient de l’improvisation magique du norvégien sur The Man with the Red Face). La rumeur annonce d’ailleurs sa participation au prochain album du DJ Français...
De passage à Paris, cette fois dans le cadre majestueux du Parc Floral, le maestro ne pouvait rêver meilleur auditoire pour délivrer ses bonnes « Vibes », bénéficiant d’un temps estival on ne peut plus adéquat. En grande forme, comme toujours très concentré et humble, le claviériste et pianiste scandinave n’allait mettre que 20 minutes (soit, peu ou prou, l’équivalent d’un morceau), à détendre l’atmosphère.
Des débuts atmosphériques, limite deep house, qui allaient lui permettre de glisser progressivement vers un jazz plus classique, et vers ce son électrique dont lui seul a le secret, réminiscence des meilleures productions de Joe Zawinul et Wayne Shorter (Weather Report). La comparaison est flagrante, quand Bugge Wesseltoft s’accompagne du joueur de oud et vocaliste tunisien Dhafer Youssef, puis du formidable trompettiste sarde Paolo Fresu, au jeu si dynamique.
La France constitue décidément une bien belle terre d’accueil pour les jazzmen du monde entier, et ce dimanche n’allait pas déroger à la règle, proposant à un parterre éclectique un son d’hier résolument tourné vers l’avenir... La générosité du patron de Jazzland et de ses musiciens (un quartet accompagné d’un DJ, lequel quartet devint pour l’occasion sextet), étant pour beaucoup dans la réussite du projet.
A part quelques titres annoncés (dont le free Film Ing), une grande place était finalement laissée à l’improvisation, Bugge menant ses compagnons au gré d’un beat électronique épuré et discret. Une nouvelle conception du jazz, selon lui. Une bonne manière, dans l’absolu, de découvrir une musique longtemps réservée à une élite.
Plus d'infos : www.jazzlandrec.com
Se rendre à un concert de Kraftwerk en 2004, revient finalement à assister à un récital lyrique. Pas un bruit dans les rangs, on se remémore les bons moments (ah, c’était mieux avant !), et on ne se bouscule pas pour être devant (le prix des places étant suffisamment dissuasif).
Pour Nougaro, le jazz était la musique classique du 20ème siècle. Kraftwerk, référence de ces trente (peu glorieuses) dernières années, constitue peut-être celle de ce 21ème naissant.
Fondé à la fin des années 60, le groupe teuton est à l’electro ce qu’Elvis était au rock’n’roll, le seul capable de rassembler beaufs de province et minets branchés. Les pères du beat binaire, des nappes synthétiques et des gimmicks naïfs en tournée ? Fallait pas louper ça.
Après une longue intro hypnotique, rappelant les meilleures heures du combo (The Man Machine, issu de l’album du même nom, 1978), et d’interminables passages dédiés à la grande boucle (Tour de France) ou à ses attenants (Vitamin, Aero Dynamik), le groupe dirigé par Florian Schneider finit rapidement par plonger dans son glorieux passé (Trans Europe Express, Autobahn), une époque bénie pour tous les compositeurs de Space Music et d’autres digressions électroniques (Tangerine Dream, Klaus Schulze, Jean-Michel Jarre).
Remixées pour l’occasion, et servies par les films des studios Kling Klang, les compositions de Kraftwerk font tour à tour sourire et réfléchir, provoquant chez certains quelques cris de joie.
Citée en référence par les pionniers de la techno de Détroit, comme par les apôtres du mouvement EBM, la musique néo-romantique du quatuor rime avec froideur et humour (The Robots, où ils laissent la place à leurs doubles cybernétiques, Pocket Calculator, ode hilarante aux premières machines à calculer). Un cocktail étonnant qui fonctionne encore aujourd’hui, permettant au passage de rappeler les dangers de notre société (Radioactivity). On pense à Massive Attack et à son regard sur les armes de destruction massive…
Deux rappels et puis s’en vont. Le show est finalement plaisant mais calibré, il donne une impression surréaliste. C’est sûrement fait exprès.
Plus d'infos : http://perso.wanadoo.fr/kraftwerkonline
Peu de temps après leur passage remarqué en France, au festival parisien Satisfaction et au Printemps de Septembre à Toulouse, les Rapture investissaient l’Elysée Montmartre (décidément parfaite pour les concerts de moyenne importance), auréolés d’un album encensé par la critique (Echoes / Mercury).
Les valeureux Fancy avaient pour mission de dérider le public. Jouant la carte d’un rock’n’roll sexy et gentiment décadent, le chanteur à la coupe afro (à faire pâlir Sly Stone) peinait à trouver un écho à ses déhanchements. Le garage / hard rock du groupe (aux voix haut perchées) lorgnant vers The Darkness et s’apparentant au glam des années 70, laissant progressivement la place à un format pop assez commun… L’humour était heureusement au rendez-vous, et Fancy préparait sans mal le terrain aux new-yorkais d’adoption.
Le public n'allait pas être déçu par la prestation des jeunes loups, réagissant très vite aux invocations rythmiques du lancinant Infatuation. L’énorme House of Jealous Lovers devait conclure une heure plus tard une session irréprochable mais trop courte... L’occasion pour Luke Jenner et ses comparses de promouvoir à nouveau un album inégal, aux remixes pas toujours inspirés (Ewan Pearson, Black Strobe, etc.), mais diablement efficace. Et surtout idéalement conçu pour la scène. Musicalement varié, le recours aux machines (notamment sur Olio), ne gâchait en rien notre plaisir de voir se démener ces petits prodiges…
Disco-punk, post-punk, punk-funk, les appellations sont multiples pour qualifier leur musique. Mais ce qui importe, et fait plaisir à voir, c’est la joie avec laquelle ils jouent en studio ou sur une scène. Ils risquent de cramer beaucoup d’amplis ! The Rapture, les nouveaux Beatles ?
Plus d'infos : www.therapturemusic.com
Photo : Morka
Chauffeuse de salle par excellence, Peaches est aussi et avant tout une sacrée show-girl. Nul ne lui arrive à la cheville quand il s'agit de se donner à 100 % sur scène, quitte à prendre des coups.
Là est d'ailleurs le fonds de commerce de la rockeuse, qui sans réellement renouer avec l'esprit punk des seventies, sait foutre le boxon dans une assistance jamais conquise d'avance. Ne cherchez pas, vous ne trouverez meilleure "performeuse" qu'elle.
La "Pêche" s'installe d'entrée, ce vendredi 28 novembre, avec le rugissant I Don't Give a... et sa prose délicate (« Fuck ? Shit ! Fuck ?? Shit !! »), avant de se lancer dans un florilège de beats électro racoleurs et de riffs de guitare heavy-metal, reprenant pour l'occasion les meilleurs titres de ses albums The Teaches Of Peaches et Fatherfucker.
I U She, Fuck The Pain Away, Shake Yer Dix, Rock'n'Roll, ou encore le duo virtuel (hilarant) avec Iggy Pop Kick It. Bref, du son crade et salace qui fait mouche, mais qui risque d'enfermer notre protagoniste dans une escalade d'artifices.
Le clou visuel de la soirée, avant l’arrivée de l'usurpateur Manson (en référence à Charles), fut sa descente dans la fosse, Peaches répondant coup pour coup, tête haute, aux crachats de dizaines d'ados déchaînés !
Calibrés, les concerts de Peaches forcent le respect, et démontrent que la berlinoise a plus de testostérone que certains mecs, Marilyn Manson le premier.
Qualifié de God of Fuck, autoproclamé Antichrist Superstar, Brian Warner est désigné par les trop nombreux bien-pensants américains comme un décadent, influence majeure de la jeunesse violente.
Le leader de Marilyn Manson est pourtant lucide sur la société de l'Oncle Sam (cf. Bowling for Columbine), il est l'un des rares à s'exprimer avec un tel recul sur ses pairs.
Son dernier album, The Golden Age of Grotesque conte les frasques de l'Allemagne diétrichienne des années 30. Il ne restait plus que l'épreuve scénique...
Marilyn Manson sait intriguer, attirer, étonner et également décevoir !
Complet depuis plusieurs mois, le show s'est avéré trop bien huilé, trop américain dans sa démesure, son caractère prévisible et finalement sa monotonie (et d'une courte durée - une soixantaine de minutes).
La play-list, quasi-identique aux spectacles donnés par le groupe en Europe en juin dernier, s'apparente à un best-of sans prise de risques, ne proposant que les titres les plus évidents et les reprises (Tainted Love, Sweet Dreams) qui ont popularisé le combo auprès d'un -très- large public.
Hormis son charismatique leader, le reste du groupe est inexistant : des blondinets péroxydés (sans aucune personnalité) qui s'agitent, un peu, chacun dans leur coin et laissent Brian Warner décider d'absolument tout.
Le show de Marilyn Manson est une caricature de ce qu'à connu l'Europe à la fin des années 30.
Il dirige cette parodie à la perfection : pupitre géant d'où il profère des propos tel un prédicateur, gigantesque sigle avec les initiales du groupe, adoration du chef, 17 000 personnes qui exécutent immédiatement ce qu'il exige, phénomène d'identification (nombreux petits Manson dans l'enceinte de Bercy), désir de perfection, luxure (simulation de fellation)...
On espère néanmoins que l'ensemble des personnes qui vénèrent ces américains savent que tout ceci n'est que du second degré, destiné à faire prendre conscience des dérapages humains !!
Marilyn Manson ne fait plus peur, il est simplement devenu une sorte de Monsieur Loyal d'un cirque ambulant, un peu provocant.
Ecrit en collaboration avec Samuel Charon (lnorahc@yahoo.fr)
Plus d'infos : www.marilynmanson.com