World Music


On le croyait immortel, son éternel Panama vissé sur la tête et un Havane King Size – qu’il aurait pu rouler lui-même –, à la bouche. Compay Segundo, de son vrai nom Francisco Repilado (son surnom lui venait du duo Los Compadres, dans lequel il chantait en seconde voix de 1948 à 1952), nous a pourtant quitté, le dimanche 13 juillet 2003, à l’âge canonique de 95 ans. Laissant derrière lui une carrière – en dents de scie – débutée très jeune…
Ce double album enregistré en public à la fin du siècle dernier entre Madrid et Paris (dans l’intimisme des clubs et la religiosité des théâtres), rend compte de l’étonnante vitalité du plus célèbre cubain après Fidel Castro, grand amoureux du rhum et des femmes, chantre du són et inventeur de l’armónico, cette atypique guitare à 7 cordes qu’il a manié avec sensualité durant toute sa vie.
Le fameux Chan Chan (composé en 1988 et popularisé par le film de Wim Wenders Buena Vista Social Club 10 ans plus tard), dans une version enivrante et chaloupée, ouvre joyeusement les festivités, avant quelques classiques de son répertoire et des titres jusque là inédits, entre boléros chatoyants et musiques de danse endiablées. A noter qu’une bonne partie du second CD provient des deux dates à l’Olympia de Compay et ses muchachos en avril 1998.
Meilleurs moments de ce double album testament : Veinte años en compagnie d’Omara Portuando et Guantanamera, avec l’improvisation de Pío Leyva.
En guise de conclusion, l’avis d’une fille du socialisme émigrée à Paris : “La música de Compay Segundo, mas que el recuerdo de un época, es nuestra juventud y nuestro porvenir. Y Compay Segundo, el mismo, es un ejemplo de triunfo a pesar de la erosión de los anos que vivió en el olvido de los medios de comunicación.” (“La musique de Compay Segundo, plus que le souvenir dune époque, est notre jeunesse et notre avenir. Et Compay Segundo, lui même, est un exemple de réussite malgré les années quil a vécues dans loubli des media.” )

A lire également : la chronique de
Buenos Hermanos d’Ibrahim Ferrer.

Plus d’infos :
www.droeastwest.com


Vendredi 19 novembre 2004 5 19 /11 /2004 00:00


Après 20 ans de carrière, et des débuts plutôt samba chez Acid Jazz, Snowboy aka Mark Cotgrove, le plus anglais des salseros, poursuit sa quête des rythmes chaloupés avec un nouvel album dédié au jazz afro-cubain, au mambo et à la salsa portoricaine, accompagné de ses fidèles musiciens.
Cette fois, c’est le label de Phil Asher, Chillifunk, qui a l’honneur de recevoir le percussionniste, héritier de Candido et Tito Puente. Et du pianiste Eddie Palmieri, à qui il dédie d’ailleurs l’un des titres (le remarquable Hands of Palmieri).
Ses expériences dans la pop aux côtés des divas Basia (Matt Bianco) ou Lisa Stansfield n’ont pas empêché cet ancien deejay de développer son amour pour le latin jazz, en marge des modes et des tendances. New Beginnings en est la preuve, pour le meilleur…

Plus d’infos :
www.snowboy.info


Dimanche 7 novembre 2004 7 07 /11 /2004 00:00



« Music is the weapon »

Cette célèbre citation de Fela Anikulapo Kuti n’a jamais été autant d’actualité. Mais qui aurait pu croire que l’afro-beat (mélange atypique de jazz, funk et rythmes locaux tels que le juju et le highlife) survivrait à la mort de son maître (ndlr : du sida, en 1997), mis à part son fils Femi, son ancien batteur Tony Allen ou la star nigériane Lagbaja ? Depuis Soul Makossa de Manu Dibango en 73 et Yéké Yéké de Mory Kanté en 87, rares sont les artistes africains à avoir percé dans les charts occidentaux avec une musique de danse. On notera néanmoins, mais dans un autre registre, les carrières internationales de Alpha Blondy, Youssou N’Dour et Salif Keita.
Point de Cameroun, Sénégal ou Mali ici, puisque ce disque nous emmène tout droit aux Etats-Unis, où la musique de Fela continue de vivre grâce à la passion de jeunes musiciens. Elle n’est d'ailleurs jamais vraiment morte... La preuve avec Who is this America? du collectif new-yorkais Antibalas (« pare-balles », en français), qui ressuscite avec talent la transe africaine, après deux albums en dents de scie publiés chez Ninja Tune (Liberation Afro Beat Vol. 1 et Talkatif).
Car ce sont bien eux, les vrais disciples du Black President. Reprenant les thèmes chers à leur père spirituel, comme la liberté ou la politique, ces asiatiques, latino et afro-américains élèvent au plus haut point l’afro-beat de leur défunt ainé à grands coups de cuivres et de rythmes syncopés. Who is this America? fait en outre écho aux troubles que traversent la société américaine, appellant à la fin de la guerre en Irak et à la paix entre les peuples. La bande-son idéale de vos vacances...

Plus d'infos :
www.antibalas.com


Mardi 27 juillet 2004 2 27 /07 /2004 00:00


Mises à part Bebel Gilberto en 2001 et Nina Simone l'année dernière, peu d'artistes de variété internationale peuvent se vanter de susciter autant d'intérêt chez la scène électronique.
Les meilleures chansons de la diva capverdienne sont remixées ici par le gotha des producteurs house. La nostalgie (saudade) propre aux lusophones s'exprime à merveille dans la voix sage de Cesaria Evora, dont la renommée dépasse largement les frontières de son archipel. La musique électronique s'attaque donc cette fois à la plus française des chanteuses du Quart-Monde...
Château Flight, à l'aise dans tous les styles, fait une reprise tout en douceur du titre d'ouverture, Petit Pays. Le duo Gilb'r / I:Cube, décidément très prometteur, signe ici l'un des meilleurs titres de la compilation.
Kerri Chandler fait du Kerri Chandler, restant proche de l'afro-house Coro sorti en 99, sur un Nho antone escaderode qui devrait faire bouger des fesses cet été à Ibiza.
Señor Coconut réalise le hold-up parfait, sur le classique Besame mucho, boléro qu'il transforme en irrésistible cha-cha-cha. Un travail irréprochable, malgré une entrée en matière pour le moins surprenante !
Osunlade, producteur américain remarquable, rate un peu l'exercice de style, avec un mix trop linéaire de Bondade e maldade. On reconnaît immédiatement sa touche deep et afro, mais les soli d'harmonica, auquel il nous habitue, commencent un peu à s'essouffler.
Les français Rork et Demon Ritchie effectuent quant à eux une relecture house classique mais efficace de Sodade, qui devrait ravir les clubbers…
Le talentueux Pépé Bradock, dont les maxis ne quittent plus les bacs des DJ's, livre deux interprétations très personnelles de Angola, originales et emplies de spiritualité, mais très éloignées de la folie créatrice de Carl Craig, qui avec 4hero, se démarque nettement du lot sur cet album.
Les anglais Dego et Marc Mac, les deux têtes chercheuses du West London, s'illustrent une nouvelle fois en reprenant avec classe Miss Perfumado. Le talent des 4hero est grand, comme le prouve le récent remix du Word Love de la jeune anglaise Rhianna. On attend impatiemment le successeur de Creating Patterns
Il n'est plus tout jeune, mais François K. continue d'imprimer sa marque dans la dance music contemporaine, et n'a pas aucun mal à transformer en hymne body and soul Sangue de beirona (déjà sorti en 1997), la palme d'or du remix revenant bien sûr à Carl Craig, qui n'usurpe pas son titre de génie. L'ingénieur du son de Detroit, récent initiateur du projet Detroit Experiment avec des jazzmen de la Motor City, produit ici un remix hypnotique imparable aux sonorités tribales, transformant Angola en hymne dancefloor vicieux et entêtant. On est pas loin de l'anthem Throw sorti il y a 10 ans sous le pseudo de Paperclip People. Chapeau bas Mr. Craig !

Plus d'infos :
www.cesaria-evora.com


Mercredi 25 juin 2003 3 25 /06 /2003 00:00


Ibrahim Ferrer fait partie de ces monstres sacrés sur qui le temps n'a pas d'emprise. Des cabarets de La Havane jusqu'au film Buena Vista Social Club, il n'a eu de cesse pendant toute sa vie de chanter le són et la salsa, les deux richesses musicales de Cuba.
Warhol pensait que chacun d'entre nous finirait par avoir son quart d'heure de célébrité. Eh bien l'heure est venue pour ce papy au béret Kangol, qui illumine de sa voix si touchante une des chansons du projet Gorillaz...
Des boléros des années 40 aux musiques de danse les plus endiablées, Ibrahim Ferrer nous fait partager son amour de la vie, s'entourant d'amis (buenos hermanos) musiciens injustement méconnus (le guitariste et producteur Ry Cooder, le bassiste Orlando López, ou le pianiste Chucho Valdés), grâce à qui cette aventure a été possible.
Et réalise là 13 titres magnifiques, à déguster dans son hamac une Piña Colada à la main...

Plus d'infos :
www.worldcircuit.co.uk


Mardi 3 juin 2003 2 03 /06 /2003 00:00


Un bien bel album de bossa nova moderne et sensuelle, que signe là la fille de João Gilberto, également nièce de Chico Buarque.
L’artiste s’est entourée à la production du prometteur Suba, malheureusement décédé depuis, ainsi que du sorcier Amon Tobin et des latin-lovers américains Thievery Corporation. Le percussionniste Carlinhos Brown prête également main forte à la brésilienne sur ce premier long format.
Un tel talent n’a pas échappé à la scène électronique, qui a remixé l’album un an plus tard… On peut y noter les participations de Peter Kruder, Château Flight, Jazzanova, King Britt ou 4hero.

Plus d’infos :
www.bebelgilberto.com


Jeudi 24 avril 2003 4 24 /04 /2003 00:00


1974 : l’année du célèbre No Woman No Cry de Bob Marley mais également de Lady, un des meilleurs morceaux de Fela et véritable manifeste pour la femme Africaine. Dans les paroles du musicien Nigérian, décédé du SIDA le 2 août 1997 (et dont le nom signifie « Celui-Qui-Portait-La-Mort-Dans-Son-Carquois »), on décèle déjà cette arrogance qui ne le quittera jamais. Créant la transe par la répétition, la musique de Shakara est un mélange de rythmes tribaux, de jazz et de soul, que les saxophones et surtout la batterie du sorcier Tony Allen subliment. L’afro-beat est né, et il va influencer de nombreux musiciens à travers le monde, notamment à Paris et New York.

Plus d'infos :
www.felaproject.net


Vendredi 21 mars 2003 5 21 /03 /2003 00:00

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