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Pop / Rock


Prenons d'emblée de la hauteur : Fosbury est l'une des bonnes surprises de ce printemps. Avec à la production des noms comme Neil Pogue (Outkast) et Serban Ghenea (The Neptunes), il eût été difficile de se planter. Mais si le casting est riche, le choix des chansons n'en est pas moins réussi. Tahiti 80 signe en effet là son meilleur disque à ce jour, un troisième album réjouissant aux accents rétro, entre pop et soul électronique.
Le Making of compris dans le DVD bonus montre bien l'atmosphère de travail bon enfant qui régnait pendant l'enregistrement à Rouen, puis lors du mixage final à Los Angeles. La voix haut perchée de Xavier Boyer, travaillée avec l'aide d'un orthophoniste, donne un côté désuet mais pas kitsch à la musique du groupe, un peu à l'image de ses DJ sets. Que ce soit sur le funky Big Day, le joli Matter of Time - qu'on croirait tout droit sorti des synthés de Supertramp ou des Buggles -, ou l'électro-pop What Next, proche des français de Phoenix, on passe de bons moments en compagnie de ce Tahiti 80. Un mélange improbable mais réussi entre la sensualité animale des artistes de la Motown et la richesse mélodique des Beach Boys. Manque plus que le soleil…

Plus d'infos :
www.tahiti80.com


Mardi 5 avril 2005


Amobynable, le dernier album de Richard Melville Hall ?
Il serait facile de s’apitoyer – comme l’eut fait Eminem par le passé (« Nobody Listens To Techno… ») –, sur le sort de ce petit homme chétif et végétarien bientôt quadragénaire (qui a assisté de sa fenêtre, le jour de son anniversaire, aux attentats du 11 septembre), mais tâchons d’être objectif. Rien que par respect pour Go, son classique de ’91 sorti sur Instinct Records, qui samplait le thème musical de la série Twin Peaks. C’est sûr, sans Moby, la techno n’aurait pas eu la même saveur.
Il a fait du chemin, l’américain : du punk rock (Animal Rights) au blues électronique (Play) en passant par les musiques de films (I Like To Score), le new-yorkais aura eu au moins le mérite de ne jamais se répéter, quitte à prendre d’énormes bides commerciaux. Là encore, avec Lift Me Up, le descendant du créateur de Moby Dick risque d’en étonner plus d’un. Peut-être un peu fatiguant, à la longue, ce premier single, mais diablement efficace ; comme tout ce que produit l’intéressé. La techno-pop a encore de beaux jours devant elle...
Avec Hotel, Moby prend de la hauteur (Raining Again, Where You End), chutant parfois de haut (Temptation – dispensable reprise de New OrderSpiders, hommage pompeux à son maître David Bowie – ou encore le mélo Love Should), mais toujours avec sincérité (Dream About Me, Slipping Away, Very).
Quelques perles ponctuent même cet énième LP de la star (qui a rempli bien des scènes, dont le FIB en 2003), à l’instar de l’étonnant I Like It qui dénote un peu dans sa discographie. Mais ce succès annoncé sera-t-il suffisant pour lui faire oublier la défaite de John Kerry aux dernières élections ?

Plus d’infos :
www.moby.com


Dimanche 20 mars 2005


Attention, album aux effets psychotropes ! Kasabian reprend en effet les choses là où les avaient laissées les Chemical Brothers en 1999 avec Surrender. Le signe avant-coureur d’un nouveau Summer of Love ?
Les Mancuniens ont peut-être trouvé la formule secrète qui faisait défaut à The Music, pour lier habilement (avec toutefois des effets secondaires) rengaines pop, beats électroniques et esprit de fête. Soit la rencontre sur un bateau entre les Pink Floyd de Syd Barrett et les Happy Mondays de Bez.
Rétro mais à l’aise dans son temps, Kasabian explore avec ce premier album les recoins de notre cerveau. Le groupe nous convie à une overdose de cordes et de boucles hallucinogènes, tout en restant profondément ancrée dans l’Angleterre des lads (Primal Scream, The Charlatans, etc.)…
On oubliera vite le premier single, L.S.F. (Lost Souls Forever) – un hommage aux Beatles ? – trop formaté pour les chaînes de télévision, comme le rock pompier mais entêtant de Club Foot, et l’on s’attardera davantage sur les très dansants Processed Beats et Reason is Treason, et l’étonnant titre qui clôt l’album, U-Boat. Sans oublier les planants I.D. et Cut Off.
Nul ne sortira indemne de ce voyage.

Plus d’infos :
www.kasabian.co.uk


Samedi 19 mars 2005



LCD par-ci, LCD par-là. On n’entend parler que de James Murphy et sa bande, qui auraient (selon les amateurs de rock à guitares) réinventé la dance music…
Une belle boule à facettes illustre d’ailleurs la pochette du premier album le plus attendu de l’année. Pas étonnant, me direz-vous, après la couleur très disco du set de l’intéressé en clôture du FIB 2004 (Donna Summer, Cerrone, etc.)
Mais à l’inverse de ses ex-poulains The Rapture – partis cachetonner chez EMI –, LCD Soundsystem pêche par manque d’originalité. Un peu comme Fischerspooner, d’autres usurpateurs de Big Apple convertis à l’ecstasy…
De bonnes idées jalonnent pourtant le premier long format du combo new-yorkais, comme le clubby
Daft Punk is Playing at my House ou le barré Thrills, avec son sample de tablas. Mais on préfèrera aux nouveaux titres le CD bonus, comprenant notamment les tubes incontournables que sont devenus Give it up et Losing my edge.
Prétentieux et raté, cet album ne fera pas date mais restera l’un des emblèmes de la fornication musicale des années 2000. A réserver aux fans, ou aux retardataires.

Plus d'infos :
www.lcdsoundsystem.com


Samedi 26 février 2005


Une belle surprise que cet album d’Amanda Rogers. Non, les américains ne sont pas tous les bouseux que décrivent des media français bien-pensants. Dans un monde qui perd ses repères, ces nouvelles du jour apparaissent comme une oasis au milieu du désert.
Au piano et au chant, accompagnée de Jake Rodenhouse à la batterie, Dave Drago à la basse et Ryan McMullen à la guitare, la jeune femme de Syracuse déploie tout son charme et sa tendresse sur des textes (tristes) qui parlent de la vie quotidienne.
Ses influences vont de la musique de chambre (elle cite Chopin) à la pop indie (Radiohead), tandis que le caractère feutré de ses chansons évoque les Trinity Session(s) des Cowboy Junkies, enregistrées dans une église.
Quatrième album, déjà, de cette jeune auteur compositeur interprète de 22 ans, qui fait suite à The Places You Dwell sorti en 2003, Daily News comblera les amateurs d’ambiances ouatées et hivernales.
Seule et unique chance de voir Amanda Rogers en France en 2004 : le 8 décembre au Café des Anges (Strasbourg). Un conseil : laissez tomber Avril Lavigne

Plus d'infos :
www.amandaspiano.com


Dimanche 7 novembre 2004


Joli jeu de mots que ce B-Sides, qui, une fois de plus, met en exergue la personnalité ambiguë de son auteur, l’envoûtante PJ Harvey. Présenté en édition limitée, ce CD 6 titres comprend les faces B des 2 premiers singles extraits de Uh Huh Her (The Letter et You Come Through), son dernier album sorti au printemps.
Autant dire qu’il est réservé aux fans invétérés de l’Anglaise, certainement poussée par sa maison de disques à tirer profit de sa notoriété… D’ailleurs, le packaging est toujours aussi « cheap », et les informations sur les chansons réduites au minimum. Heureusement que Polly nous offre son joli derrière (beside) sur la pochette, et la vision surréaliste d’une petite guitare sur sa culotte bleue très tendance. Victime de la mode, la diva du rock ?
En tout cas, si The Phone Song et Angel sont d’un intérêt discutable, ses délicieuses vocalises sur Stone et la rage contenue de Bows & Arrows et The Falling font de ces trois folks songs un bon argument de vente. Minimalistes à souhait (Who The F*** est ici présentée dans une version démo – plutôt destroy –), ces B-Sides raviront les inconditionnels du country-blues moderne et original de la belle.
Mais payer 10 euros pour 22 minutes de musique, faut quand même être sacrément accroc. Quoiqu’en dise le FBI…

Plus d'infos :
www.pjharvey.net


Mercredi 27 octobre 2004


Tout le monde la connaît mais personne ne sait qui elle est. Polly, née un 9 octobre (comme John Lennon), est à l’image de son signe astrologique. Insaisissable.
Les puissants ont cru la domestiquer en attribuant un Mercury Prize à l’apaisé Stories From The City, Stories From The Sea, mais c’était sans compter sur l’agilité de l’anglaise... Insaisissable, j’vous dis !
De son cottage du Dorset, la diva du rock met tout le monde d’accord avec ce message d’amour et de haine enregistré sur 8 pistes, qu’on pourrait résumer à une claque suivie d’une caresse. A côté, la musique des White Stripes paraît si juvénile ! Pourtant, elle n’est pas maman (No Child of Mine), juste une enfant sauvage qui refuse de grandir (The Pocket Knife). Et qui préfère s’amuser avec ses fidèles amis et musiciens Rob Ellis et Head.
Bien sûr, il faut lire entre les lignes, et les paroles de Uh Huh Her ne sont pas autobiographiques. La belle, en tout cas, s’en défend, même si l’on croit trouver ici ou là des allusions à Nick Cave et Vincent Gallo (l’instrumental The End est dédicacé à ce dernier). Seul le décès de sa grand-mère Mary Jane l’an dernier semble marquer l’œuvre de cette amoureuse du blues (It’s You). Et qu’on n’essaye pas de l’attraper, ou de la dompter. Presque scorpion, qui s’y frotte s’y pique (Who The Fuck?) !
PJ Harvey a la foi, cela se sent. En elle et en la vie, malgré ses désillusions (The Desperate Kingdom of Love, The Darker Days of Me & Him). Si elle regrette d’avoir trop aimé (Shame), rien ne peut remplacer pour la femme fatale qu’elle incarne, les moments passés à deux (The Slow Drug) et le sentiment amoureux (Cat on the Wall).
Uh Huh Her n’est pas un album facile. S’articulant autour de l’imparable premier single The Letter, à la beauté farouche, le septième opus de la brune ténébreuse mêle pensées troubles et rage contenue. Il s’appréhende comme un film de David Lynch ou Stanley Kubrick. Libre et adulte.

Plus d'infos :
www.pjharvey.net


Mercredi 2 juin 2004


Bien avant que Franz Ferdinand ne déchaîne les passions, un groupe sortit du lot, en proposant avant l’heure un savant amalgame de rock et de funk, de rythmes tribaux et de bidouillages électroniques. Un gloubiboulga sonore réussi qui n’aurait jamais pu être possible sans les talents cumulés de David Byrne et Brian Eno.
« Intellos » de la scène new-yorkaise, moins branchés que Blondie mais plus barrés que d’autres habitués du CBGB’s comme les Dolls ou les Ramones, les Talking Heads se firent connaître avec More Songs about Buildings and Food, un album complexe qui n'a cessé de faire des vagues. Le génial producteur techno de Detroit Carl Craig (qui leur a rendu hommage en 1997 avec le lumineux More Songs about Food and Revolutionary Art), en est l’exemple le plus marquant...
A nouveau mis en forme par le sorcier Brian Eno (incontournable à la fin des années 70 : ses albums Before and After Science et Ambient 1 : Music for Airports, la compilation No New York, la trilogie berlinoise de Bowie...), Remain in Light, beaucoup plus accessible que ses prédécesseurs (More Songs…, en 1978, et Fear of Music, en 79), est marqué par une pulsation rythmique de tous les instants, uptempo sur la face A (le remuant Born Under Punches, le tropical The Great Curve) et midtempo sur la B (le tube Once in a Lifetime, l’orientaliste Houses in Motion). Une musique inventive et joyeusement branque sur fond de critique sociale, les textes paranoïaques de Byrne s'opposant à la naïveté du mouvement « No Future », alors en vogue de l’autre côté de l’Atlantique.
Jerry Harrison (ex-Modern Lovers), Tina Weymouth et Chris Frantz (partis fonder plus tard le Tom Tom Club, dont le hit Wordy Rappinghood vient d’être repris par les usurpatrices Chicks on Speed), sont irréprochables derrière leur leader. Une osmose complétée sur scène par des musiciens funk, et une ouverture d’esprit prônée encore aujourd’hui par David Byrne et son label Luaka Bop, au catalogue hétéroclite (Los Amigos Invisibles, Jim White, Zap Mama, Cornershop). La réponse américaine au Real World de Peter Gabriel.
25 ans après, Remain in Light sonne toujours aussi bien, et il est plus que jamais temps de se plonger dans la discographie originale des Talking Heads, un groupe foutraque comme on n'en fait plus...
A noter : la sortie récente de la rétrospective Once in a Lifetime (EMI), sous forme de coffret (3 CD et 1 DVD). Les majors nous doivent bien ça…

Plus d'infos :
www.talking-heads.net


Mercredi 26 mai 2004

1967…
En pleine période flower power, le jeune Arthur Lee a du mal à cacher ses craintes de voir la Guerre Froide finir en apocalypse nucléaire ravageant le monde. Persuadé qu’il va bientôt mourir, il décide de livrer par le biais de son groupe son testament musical : Forever Changes.
Troisième album du groupe après Love et Da Capo, Forever Changes est enfanté dans la douleur. Le groupe qui a connu un succès honorable avec ses deux sorties précedentes vit reclus dans l’ancien manoir de Bela Lugosi (acteur célèbre pour avoir interprété Dracula au cinéma) et passe ses journées à se défoncer sans penser au lendemain. Obsédé par l’idée qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, Lee est le seul à se mettre au travail et décide de tout donner.
Pour livrer le meilleur de lui-même, Lee produit l’album en compagnie de Bruce Botnick (qui s’occupera plus tard des Doors ou de Tim Buckley) et se fait accompagner par un orchestre dirigé par David Angel. Le résultat de son travail est un album compact (11 titres, dont 2 écrits et composés par le guitariste Bryan MacLean), mélangeant rock psychédélique, folk acoustique et pop dans le bon sens du terme, le tout agrémenté de somptueux arrangements de cordes et de cuivres.
Lee profite de ce mélange novateur pour distiller ses prophéties avec sa voix d’ange " More confusions/Blood transfusions/The news today will be the movies for tomorrow " (A House Is Not A Motel) et exorciser sa peur de la mort " This is the only thing that I’m sure of/And that’s all that lives is gonna die " (You Set The Scene). Versatile, il est capable de passer du rock électrique (A House Is Not A Motel) à une ballade sublime à la guitare sèche (Andmoreagain), en conservant toujours le même niveau d’écriture.
Le disque est un véritable monolithe où toutes les titres s’imbriquent entre eux pour former un tout cohérent.
Mais le plus beau reste à venir avec The Red Telephone (le téléphone rouge qui reliait Washington à Moscou, dernier rempart diplomatique avant l’apocalypse nucléaire), meilleure chanson du disque et accessoirement de tous les temps, dont la beauté de la musique n’a d’égale que la noirceur des paroles. Il faut voir comment Arthur Lee passe de la tristesse à la résignation puis à la révolte pour se rendre pleinement compte de ses talents de narrateur.
Fait amusant, le morceau s’achève sur une sorte de rap avant l’heure " They're locking them up today/They're throwing away the key/I wonder who it'll be tomorrow, you or me? ".
Encore une preuve que ce disque avait 30 ans d’avance.
Malheureusement, ce disque trop en avance sur son temps ne sera jamais reconnu à sa juste valeur, le groupe refusant en plus de le défendre sur scène en dehors de Los Angeles.
Love finira par splitter, puis sera reformé par Lee avec d’autres membres pour le meilleur (Doggone sur l’album Out There, véritable pépite d’or pour tout crate digger* qui se respecte), mais surtout pour le pire.

* chercheur de samples

2004…
37 ans après, l’album n’a pas pris une ride et il est terriblement d’actualité, surtout en ces périodes troubles. Une très bonne réedition de Rhino a vu le jour en 2001 avec des bonus track (démos, chutes de studio, versions alternatives) et une ressortie en vinyl.
A découvrir ou à redécouvrir d’urgence.
Vendez votre intégrale des Beatles, oubliez Brian Wilson et ses Beach Boys, arrêtez vos pèlerinages au Père Lachaise, car rien n’aura plus la même saveur une fois que vous aurez goûté à Forever Changes, le plus grand album de l’histoire du rock. 

Plus d'infos :
www.lovewitharthurlee.com


Jeudi 15 avril 2004


Tout le monde en parle, ce qui peut sembler louche. On connaît en effet le pouvoir de séduction des Majors du disque… Mais Leslie Feist est un cas à part. Une fille débarquée de son Canada natal, sa guitare sous le bras, et bien décidée à retrouver une certaine liberté artistique. Délaissé, le punk de son adolescence, au profit aujourd’hui d’un folk universel et très personnel.
Membre de la famille foldingue Kitty-Yo, la jeune femme s’éloigne de la furie électro-punk de sa copine Peaches et de la pop déviante de son ami Gonzales, ici producteur, avec lequel elle a déjà collaboré sur le magnifique Shameless Eyes (Presidential Suite). S’entourant également du manitou Renaud Letang (Manu Chao), la canadienne frappe un grand coup avec Mushaboom, comptine "addictive", qui surprend mais jamais ne lasse. Original et sans prétention, un premier single encore meilleur dans sa version originale (Red Demo).
Le second album de Feist, déjà auteur d’un Monarch indépendant en 1999, ne pouvait sortir qu’au printemps. Mais s'il invite à l’émerveillement des sens, ne provoque pas d’allergie...
Leisure Suite a un petit côté Dani Siciliano, et le reste des morceaux oscille entre easy-listening enjôleuse et acoustique posée (Gatekeeper), rappelant tantôt Zoot Woman et Sade (One Evening), tantôt David Bowie époque DJ (Inside and Out, étonnante reprise des Bee Gees).
Conclue comme une berceuse pour adultes (Now At Last), Let it Die pourrait rapidement vous faire succomber.


Plus d'infos : www.feistmusic.com


Mardi 23 mars 2004

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