Jazz / Blues


Billie Holiday aurait eu 90 ans le 7 avril 2005 ; un anniversaire posthume célébré ce samedi par Arte. L'occasion de revenir sur l'un de ses plus beaux albums, qui porte le nom de son autobiographie...
Violée très jeune, obligée de se prostituer à l'adolescence, alcoolique et cocaïnomane, de surcroît humiliée pour sa couleur de peau, la vie de Billie Holiday n'aura été qu'une succession de drames et de peines de cœur. Restent sa voix, bouleversante, et ses chansons, traces indélébiles de l'Amérique du XXème siècle.
Si l'Histoire ne devait retenir qu'un album dans sa discographie pléthorique, nul doute que ce serait Lady Sings The Blues. Y figurent les émouvants Strange Fruit (sur le lynchage des Noirs) et God Bless The Child – magnifiquement samplé par Alex Gopher en 1999 (et écrit après une violente dispute avec sa mère) –, dans lesquels "Lady Day" met toute son âme et ses tripes.
La chanteuse, décédée en 1949 à 44 ans, aura eu une influence considérable sur les musiciens d'hier et d'aujourd'hui : Diana Ross, Dee Dee Bridgewater mais aussi -M-, qui a appelé sa fille Billie.
Sans doute le destin le plus tragique de l'histoire du jazz.

Plus d'infos :
www.lady-day.org


Lundi 11 avril 2005 1 11 /04 /2005 00:00


Qu’y a-t-il de plus planant qu’un album de Nils Petter Molvær ? Indéniablement, d’assister à l’un de ses concerts (expérience unique vécue par votre serviteur un soir de juillet 2002), dans le pire des cas d’écouter cet album Live remarquable, enregistré la même année – coïncidence – au Jazz Happening de Tampere, en Finlande, ainsi qu’au Marquee Club de Londres.
Il n’est pas superflu de rappeler que le trompettiste Norvégien excelle dans la pratique de son instrument, prenant la relève du grand Miles pour ce qui est du mélange des genres. Aérien et puissant, le jeu de NPM est phénoménal, fait de silences et de trouvailles sonores.
Si dans les années 70 et 80, le jazz flirtait avec le rock et le funk, depuis quelques années, grâce à toute une bande d’allumés venus du cercle polaire (Bugge Wesseltoft, Jaga Jazzist, Jimi Tenor…), "la musique classique du 20ème siècle" selon Nougaro s’acoquine de manière heureuse et intelligente avec l’électronique.
Entouré de Eivind Aarset à la guitare, Rune Arnesen à la batterie, Raymond Pellicier aux machines et DJ Strangefruit aux platines, NPM parvient réellement avec les 8 titres de Streamer (extraits des albums Khmer, Solid Ether et np3) à recréer la magie de ses prestations scéniques. Brillant.

Plus d’infos :
www.nilspettermolvaer.com 


Dimanche 17 octobre 2004 7 17 /10 /2004 00:00


L2W ou le démon de midi. Le titre du célèbre spectacle de Michèle Bernier semble correspondre en effet au tempérament de Laurent de Wilde, qui, à la quarantaine, comme certains hommes décident de « réveiller » leur libido au détriment de leur femme, a choisi de faire évoluer son jazz en le propulsant vers les limites infinies de la musique électronique. Pas par snobisme, simplement pas passion. Quitte à perdre en route une partie de son public… Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la chanson You’ve Changed de Billie Holiday (magnifique au demeurant) est sa préférée…
Organics, on s’en serait douté, va encore plus loin dans la fusion que Time 4 Change et Stories, mêlant sonorités acoustiques et programmation rugueuse, soli gracieux et rythmiques alambiquées (Sleep well, my friend ; Versus 14). Cet album surprend par sa complexité puis par son évidente liberté de ton : 100% instrumental, il renoue finalement avec l’esprit originel du jazz. Enregistrés à la suite d’un concert fameux au Batofar (Paris), ces 8 titres plongent dans l’expérimentation et le rêve.
De l’acid-jazz (The Prisoner) au funk (No Straight) en passant par la drum’n’bass (Spintronix, Mr Natural) et le dub (Lo B), L2W s’en donne à cœur joie en brouillant constamment les pistes, tel un Miles Davis dans sa période électrique. Gaël Horellou, omniprésent, accompagne harmonieusement Laurent de Wilde au saxophone (ainsi qu’à la programmation), Philippe Bussonnet (ex-Magma) tient la basse – chaude et élastique – et Yoan Sera quant à lui, la batterie, l'autre élément essentiel de ce quartet pas comme les autres.
Organique, cet album l’est assurément. Magique, cela va sans dire. Comme cette reprise finale du Summertime de George Gershwin, peut-être le plus beau thème du 20ème siècle.

Plus d'infos :
www.laurentdewilde.com 


Lundi 27 septembre 2004 1 27 /09 /2004 00:00


Sortie à l’origine en 1971, la bande originale de ce film de Mike Hodges composée par Roy Budd est un pur chef d’œuvre que nous a permis de redécouvrir en 1998 le label Castle (le disque était jusqu’alors introuvable sauf si l’on était près à débourser 2000€ pour l’édition japonaise en vinyl).
A cette époque, Roy Budd, pianiste de jazz anglais, dispose d’un budget serré et d’une formation réduite (piano, voix, basse, guitare, batterie et percussions) pour boucler ce score, ce qui l’oblige à adopter des schémas peu conventionnels dans l’écriture de sa musique et dans l’organisation de la B.O. qui est composée pour moitié par des instrumentaux et pour l’autre par des chansons à la Burt Bacharach.
Le thème principal (Goodbye Carter !) voit ainsi la rencontre entre le clavecin de Budd et une contre-basse, le tout sur une rythmique syncopée de tablas. Le résultat, précurseur de la musique actuelle, est minimaliste et répétitif tout en étant d’une efficacité redoutable, Budd s’accordant seulement un solo jazzy au milieu du morceau.
The Girl In The Car, morceau instrumental façon course-poursuite a lui aussi une structure originale jouant sur les paradoxes, puisque ce morceau sombre s’interrompt sur un break de piano angélique, avant de reprendre son rythme endiablé.
Les parties chantées (Love Is A Four Letter Word, Looking For Someone, Getting Nowhere In A Hurry…), mélanges de pop et de soul évitent de sombrer dans le cheesy.
Le disque se termine sur Hallucinations, en nous montrant une nouvelle fois le talent mélodique minimaliste de Budd, une nouvelle fois au clavecin.
Tragiquement disparu en 1993 des suites d’une hémorragie cérébrale, le compositeur laisse derrière lui une cinquantaine de B.O. (The Black Windmill, Diamonds, Fear Is The Key, The Final Option…) marquées de son style inimitable.
Mais de tous ses scores, Get Carter restera comme l’œuvre la plus aboutie de son créateur.
Culte.


Mercredi 11 août 2004 3 11 /08 /2004 00:00


Craig Taborn est surtout connu pour avoir tenu les claviers du projet jazz de Carl Craig, Innerzone Orchestra. Mais avant d’expérimenter les sons, ce trentenaire originaire de Minneapolis a fait ses armes au sein du James Carter Quartet et du Art Ensemble of Chicago. A 12 ans, il s’est mis à apprendre en même temps le piano classique et les claviers (ses parents lui ont même offert un Moog).
Accompagné ici de Aaron Stewart au saxophone ténor, de Mat Maneri au violon et de David King à la batterie, Craig Taborn brouille les pistes avec un premier morceau intrigant et spatial, digne de Sun Ra (l’éponyme Junk Magic, aux aigus proches d’un acouphène). Vient ensuite le temps de la dissonance et du free jazz, sur le bouillonnant Mystero, se rapprochant de cette fusion si chère à Miles Davis. Mais c’est le violon et non la trompette qui mène l’auditeur, comme sur le diluvien The Golden Age.
On n’est pas loin de la musique contemporaine moyenâgeuse de Moondog sur le calme Shining Through, mais c’est bien le calme avant la tempête (Prismatica, Bodies at rest and in motion) qui caractérise ce troisième album du musicien américain. N’hésitant pas à marier l’héritage électrique des années 70 aux méthodes du sampling, Craig Taborn pousse le jazz dans ses retranchements pour mieux en extraire la substantifique moelle. Une union pluvieuse mais heureuse…
Junk Magic est un voyage à travers les sons, une ode aux sens. Si loin des modes mais tellement actuel.

Plus d'infos :
www.thirstyear.com 


Mercredi 14 juillet 2004 3 14 /07 /2004 00:00


Album mythique malheureusement introuvable dans son édition originale, Troupeau Bleu est une œuvre majeure de jazz funk que Cortex enregistra en 2 jours de juillet 1975 au studio Damiens à Boulogne.
Composé intégralement par Alain Mion, fondateur du groupe, cet album est un concentré des différentes influences de ce pianiste de jazz surdoué.
Le disque s’ouvre sur La Rue, pur morceau de jazz funk embelli par les performances vocales de Mireille Dalbray, la chanteuse du groupe au timbre si particulier. Suit une ré-interprétation jazzy de Colchiques Dans Les Prés assez anecdotique et L’Enfant Samba, un titre exotique au tempo chaloupé.
Le disque prend ensuite des allures pop avec Troupeau Bleu, qui est avec Mary et Jeff, le titre phare de l’album : on est littéralement envoûté par Mireille Dalbray dont la voix reste gravée en mémoire après la première écoute du refrain.
Mary et Jeff est l’autre perle de l’album. En 2’40, tout est dit : une introduction, deux thèmes et une envolée synthétique en guise de break. Rien à ajouter de plus, l’affaire est emballée.
C’est d’ailleurs cela qui détache Alain Mion du peloton de tête des virtuoses du jazz funk : il sait aller à l’essentiel sans jamais trop en faire, privilégiant ainsi l’interprétation par rapport à la démonstration.
Au niveau sonore, les prises sont d’une telle qualité qu’on a du mal à croire qu’elles datent d’il y a 30 ans. L’ensemble dégage une chaleur qui creuse encore l’écart avec les productions habituellement très fades du genre.
Du point de vue des ventes, le disque a été un flop avec un peu moins de 7000 exemplaires vendus à l’époque de sa sortie. Encore une bonne raison pour en vouloir à vos parents. On peut cependant se réjouir de la réédition de ce chef d’œuvre par les gars de Pulp Flavor qui ont fait un travail superbe.
En résumé, un chef d’œuvre à se procurer par tous les moyens.

Plus d'infos :
www.alainmion.com 


Mardi 6 juillet 2004 2 06 /07 /2004 00:00


Après 3 albums studio, le temps est venu pour Bugge Wesseltoft de montrer l’étendu de son talent sur scène. Cet album Live reflète trois années pendant lesquelles le norvégien a prêché la bonne parole du jazz, le sien.
Si la musique acoustique se met de plus en plus au service de l’électronique (St Germain, Marc Moulin), à l’inverse les jazzmen curieux de nouvelles aventures se lancent peu à peu dans des réinterprétations osées… Il est difficile de comparer l’homme aux grands maestros, mais sa démarche est à rapprocher des métissages des années 70, quand le jazz forniquait avec le funk et le rock (Herbie Hancock, Chick Corea).
A l’instar de Nils Petter Molvaer, fameux trompettiste dont la musique ressemble à du Miles Davis sous acide, le pianiste et claviériste Bugge Wesseltoft aime les contrastes. Ses concerts ne s’apparentent pourtant pas aux performances d’un big band classique, et la fin de ses prestations peut s’avérer particulièrement explosive (Live in Paris 2001). Gilles Peterson ne s’y est pas trompé, l’invitant à l’une de ses prestigieuses émissions radiophoniques Worldwide (l’éthéré Feel Good et le magique Existence).
Les années ’00 symbolisent un renouveau. Si le tout-électronique tend à s’essouffler faute d’imagination, un vrai melting-pot musical émerge, pour le bonheur des mélomanes. Herbie Hancock le prouvait encore récemment en conviant Carl Craig et A Guy Called Gerald à l’élaboration de son album Future To Future.
New Conception of Jazz - Live est un album dans lequel on peut s’oublier (les 20 minutes de Live At Blå), sans sourciller.

Plus d'infos :
www.jazzlandrec.com 


Lundi 21 juillet 2003 1 21 /07 /2003 00:00


Une agréable et indéniable fraîcheur émane de ce deuxième album du collectif norvégien Jaga Jazzist, comme d’ailleurs de l’ensemble de la scène scandinave, qui s’impose en ce début de millénaire sur la scène musicale européenne et mondiale. Bugge Wesseltoft, Nils Petter Molvaer ou encore Jimi Tenor sont les valeureux artisans d’un nouveau jazz, qui n’a rien à envier aux grands écarts réalisés en son temps par Miles Davis.
Que ce soit le free Another Day, reprise complètement débridée du plus classique Day, le track d’ouverture Kitty Wú bien dans la veine Ninja Tune, ou le psyché Suomi Finland et ses claviers vintage, le collectif prouve qu’il est à l’aise dans un jazz rétro-futuriste qui s’inspire autant de l’easy-listening que des expérimentations de Sun Ra.
Avec The Stix, le label de Coldcut poursuit sa quête d’identité et conforte un catalogue déjà hallucinant, loin de toute concession mercantile.
Initiative plutôt rare de nos jours...

Plus d'infos :
www.jagajazzist.com / www.ninjatune.net


Mercredi 25 juin 2003 3 25 /06 /2003 00:00


Artiste contemporain inclassable et chantre de la musique minimaliste, Philip Glass s’éloigne du théâtre et de l'opéra, en s’entourant, pour l'occasion, d’interprètes et de compositeurs d’horizons différents.
En ouverture, le magnifique Changing Opinion, co-écrit par Paul Simon et interprété par Bernard Fowler, chanteur noir américain plus habitué au disco et à l’électro-funk...
Parmi les autres auteurs présents, Suzanne Vega, David Byrne des Talking Heads et Laurie Anderson. Recommandé.

Plus d'infos :
www.philipglass.com


Lundi 17 mars 2003 1 17 /03 /2003 00:00

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