Soul / Funk


Un nouvel album du Kid de Minneapolis n’est jamais anodin, surtout quand il atteint le haut du Billboard (une première depuis la B.O. de Batman !). Deux ans après Musicology (vendu à plus de 6 millions d’exemplaires), qui annonçait la résurrection du plus grand artiste des Eighties, Prince Rogers Nelson nous ressert le funk minimaliste de ses glorieuses années (1978-1993). Ouvrant sur le p-funk éclairé de 3121 et la pop hardie de Lolita, décevant ensuite avec Te amo corazón (premier single clairement destiné à la communauté hispanique), le presque quinquagénaire redresse la barre avec l’énorme Black Sweat, largement inspiré de la scène crunk et de ses propres chefs d’œuvre (Kiss ; Sign ‘O’ The Times). La production est, comme d’habitude, irréprochable : rien n’est laissé au hasard, que ce soit le rap de Incense and Candles, les gimmicks de Love qui font par moment penser à Girls & Boys, ou les guitares de Fury, rappellant certains titres de Purple Rain. Et quand la bête est lâchée sur les très beaux The Word, et Beautiful, Loved And Blessed, on se dit que rien ne pourra plus mettre en péril la cohérence de ce 30 cm, conclu de fort belle manière par le jazz-funk de Get On The Boat, en compagnie des fidèles Maceo Parker et Sheila E.
Pas grand-chose à jeter dans ce Thirty-One Twenty-One étonnant de vitalité, dans lequel Prince fait à merveille ce qu’il sait faire : de la musique cheesy et jouissive à la fois. Et surtout terriblement dansante. De quoi ravir ses millions de fans.

Plus d’infos : www.npgmusicclub.com / www.myspace.com/prince / www.wikipedia.org/wiki/Prince_discography


Mardi 4 avril 2006 2 04 /04 /2006 18:13


Un blanc qui arrive à faire mieux que les blacks en matière de musique funky, c’est assez rare pour être souligné. Délaissant Planet E, le label de Carl Craig (avec qui il se serait brouillé), Matt Chicoine rejoint pour l’occasion la fine équipe de Peacefrog (Moodymann, Ron TrentKenny Larkin, Theo Parrish, etc.) pour ce deuxième album ambitieux et particulièrement accrocheur.
Il y réussit en effet l’amalgame tant convoité entre musique électronique et jazz, un mariage parfait de l’avant-gardisme et des racines afro-américaines de Detroit.
Déjà, en 2002, son premier essai Cardiology n’avait laissé personne indifférent, avec des titres aussi novateurs que Ain’t Changin’ ou Can’t Take It. Là, l’Américain nous embarque dans un tourbillon de grooves tous plus pimpants les uns que les autres (Dust aux accents « Princiers », Still Beyond Me rappelant les hybridations du label Berlinois Sonar Kollektiv…). Toujours remarquablement entouré, notamment du « Soul Man » Joe Dukie, Recloose mord efficacement à tous les hameçons, se payant même le luxe de détendre l’atmosphère avec les beats étonnamment rebondissants de Mana’s Bounce et Turkish Delight, et esquisse avec ce très beau Hiatus On The Horizon ce que sera la musique de demain.
Herbie Hancock et Stevie Wonder peuvent être fiers, le genre qu’ils ont contribué à populariser dans les années 70 est loin d’être enterré...

Plus d’infos : www.recloose.com / www.peacefrog.com


Samedi 24 septembre 2005 6 24 /09 /2005 00:00


Chaque semaine, de nouvelles compilations inondent le marché : entre les immondices estampillées NRJ, les sélections stéréotypées en provenance d’Ibiza et les éternels « Best of » d’artistes « has been », il n’y a guère qu’un Gilles Peterson pour relever le niveau…
Une situation critique qui encourage le Peer-to-Peer mais que refusent de cautionner Karim Badène (Kamoto) et Christophe Sorreaux (Chris), les deux Parisiens à l’origine de ce double CD enthousiasmant.
Des années de recherche auront certes été nécessaires à l’élaboration de ce savant melting-pot (leur deuxième autoproduit), mais le résultat est là : du funk endiablé (Manzel, The Jimmy Castor Bunch, Kool & The Gang…) à la musique de films (François de Roubaix, Michel Legrand, Roy Budd…) en passant par l’avant-garde Française (Cortex et son envoûtant Troupeau Bleu) et Américaine (ESG), de titres presque easy-listening (Ananda Shankar, talentueux neveu de Ravi, The Harry Roche Constellation…) en compositions dites « intelligentes » (Bob James et son Westchester Lady mille fois samplé, le méconnu Shuggie Otis…), les années 70 défilent sous nos yeux et révèlent l’incroyable richesse de ce fameux âge d’or…
A signaler également, le jazz-rock métissé de Demon Fuzz et l’afro-beat communicatif de Dan Boadi (Money is The Root of Evil), plus quelques raretés pour le moins inattendues signées Michel Polnareff et Jermaine Jackson (le bien nommé Voyages ; l’instrumental Erucu), ainsi que la reprise complètement folle du thème de Shaft par le 20th Century Steel Band, et l’on comprend mieux la démarche de qualité de Chris & Kamoto.
2 Moods, une sélection qui fleure bon le patchouli et invite à la rêverie…

Téléchargez le TRAILER ! (10' / MP3)

Plus d’infos : www.soundclick.com/bands/pageartist.cfm?bandID=182337

 

Mercredi 24 août 2005 3 24 /08 /2005 00:00


Le Projet Lafaille, c’est une bande de potes inspirés et fêtards, marqués par les voyages et pratiquant les métissages musicaux. Sept musiciens Perpignanais de formation classique, soudés par la transe et pouvant jouer des heures durant  qui possèdent les deux atouts majeurs pour faire de leur passion un art de vivre : l’expérience et le talent.
A l’écoute de ce mini-album, qui aurait sa place aussi bien au rayon jazz que dans les bacs électro, on se dit que tout organisateur de festival désireux de donner du bonheur aux gens devrait revoir illico sa programmation estivale pour y inclure le combo. Tribale et mélodique, piochant dans les rythmes afro-cubain, indien, brésilien et nord-africain, la musique du Projet Lafaille met clairement la banane.
S’auto qualifiant de formation de musique improvisée, ou de Electro Free Dancing Band, les frères Vilayleck, Alexandre Velasco, Julien Rappin, Davy Grademange, Alexandre Vert et Bruno Godin passent allègrement (parfois même dans un même morceau) de la salsa la plus torride au jazz-funk le plus débridé, de nappes électroniques cinématiques et satinées à des ragas endiablés et psychédéliques. Toujours dansant et généreux, fougueux mais jamais prétentieux, le projet de DJ La Faille mérite vraiment qu’on s’y attarde.
Mon coup de cœur de l’année 2005 (après
Anaïs l'an dernier).

Plus d’infos :
projetlafaille@hotmail.com


Mardi 10 mai 2005 2 10 /05 /2005 00:00


Quelle bonne idée d'avoir compilé ces classiques introuvables de la soul, du dub et du jazz, samplés en leur temps par Massive Attack ! Une source presque tarie pour tout bon « crate digger » qui se respecte, mais une manière simple, pour les néophytes curieux et autres mélomanes avertis, de se rafraîchir la mémoire.
A l’instar de Daft Punk, le combo bristolien n'a rien inventé en piochant allègrement au début de sa carrière (Blue Lines en 1991, Protection en 1994), dans les joyaux de la musique black : William DeVaughn et son langoureux Just Be Thankful For What You Got (présentée ici dans sa version remixée de 1980), Isaac Hayes avec le cinématique Ike's Mood 1, tiré de l'excellent To Be Continued (Stax / 1970), ou la soul gorgée d’âme du révérend Al Green – récemment revenu sur le devant de la scène –, pour les plus connus. Sans oublier les mélopées aériennes du Mahavishnu Orchestra, l'étonnant groupe jazz-rock de John McLaughlin. Des références d’une trentaine d’années, inventives, simples et torturées à la fois, sans lesquelles Massive Attack n'aurait jamais existé…
DJs aux idées larges au sein de la Wild Bunch avant de devenir producteurs, Daddy G, 3D, Mushroom (et Tricky) avaient donc déjà bon goût. Laurent Daumail, alias DJ Cam, met à notre disposition les diamants bruts qui ont contribué à leur succès.
A vous de découvrir quel sample se cache derrière tel titre, ou vice versa.
Oldies but Goodies.

Tracklisting :

1. Mellow Mellow Right On (Lowrell)
2. Sneakin' in the Back (Tom Scott)
3. Mambo (Wally Badarou)
4. I'm Glad You're Mine (Al Green)
5. You Know, You Know (The Mahavisnu Orchestra)
6. It's Time for Love (Pieces of Dream)
7. Be Thankful for What You Got (William DeVaughn)
8. Ike's Mood 1 (Isaac Hayes)
9. Five Man Army Dub (Lewin Bones Lock)
10. Stratus (Billy Cobham)

Plus d’infos : www.dirtysouthrecords.com


Mercredi 6 avril 2005 3 06 /04 /2005 00:00


Musicology. Le ton est donné. Après deux albums expérimentaux aux confluents du jazz-funk et du free jazz (The Rainbow Children, N.E.W.S), le génie de Minneapolis, libéré de la Warner mais en deal avec Sony pour une distribution mondiale, revient à ses premières amours sur ce nouvel opus.
Nourrissant les habitués du NPG Music Club avec deux monstrueuses tranches de funk en ouverture (Musicology et Illusion, Coma, Pimp & Circumstance), Prince Rogers Nelson renoue avec les pop songs acidulées qui ont fait son succès, et alimentent toujours sa si précieuse androgynie. Mais loin de tout cliché, ce qui frappe chez ce petit bonhomme (qui fêtera ses 46 ans en juin prochain), c’est sa faculté à se renouveler, là où d’autres ont échoué (Michael Jackson, qu’il évoque ironiquement dans le jouissif Life O the Party). Mieux, grâce à un casting de musiciens irréprochables (Maceo Parker, Sheila E.), il élève considérablement son art sur scène pour en délivrer aujourd’hui sur disque un précipité dont lui seul a le secret. Un condensé de ses 25 années de carrière, qui permet de redécouvrir la classe de l’artiste.
Fils spirituel de Sly Stone et Jimi Hendrix, l’homme qu’on n’a jamais cessé d’appeler Prince, manie à merveille rythmes et mélodies (What Do U Want Me 2 Do?), arrangements et amusement, domptant la pop (Cinammon Girl, en rapport avec le 11 septembre) et les chansons d’amour (Call My Name, On The Couch), comme à sa meilleure période (Controversy, Purple Rain, Around The World in a Day, Parade, Sign 'O' the Times, Lovesexy). La subversion en moins, sûrement la conséquence de son récent attachement aux Témoins de Jéhovah... L’Amérique vit décidément une époque étrange.

Plus d'infos :
www.npgmusicclub.com


Vendredi 23 avril 2004 5 23 /04 /2004 00:00


La comparaison est flatteuse, mais Vikter Duplaix possède, à n’en pas douter, l’une des plus belles voix de la soul depuis Marvin Gaye. Sorti il y a un an, son premier album International Affairs, avait comblé les amateurs de groove futuriste et aérien…
En ce début d’année 2004, Philadelphie est une nouvelle fois en première ligne. Avec Detroit, bien sûr (Amp Fiddler, Dwele). Celui qui collabora avec Erykah Badu et Lauryn Hill revient avec ce recueil de singles indispensables, fruit de ses premiers travaux solo et de piges diverses (Jazzanova, King Britt).
Les aficionados du lover auront compris, pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent. L’occasion en revanche pour les mélomanes de constater l’homogénéité d’une œuvre naissante...
Deep house (Messages), broken beats (Manhood, Galaxy), nu-soul (I’ll Do It For You), peut importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. L’amour reste sa principale préoccupation, et la musique son exutoire.
Producteur, chanteur et DJ, Vikter Duplaix est insolent de talent. Egalement très à l’aise sur scène, sa voix de velours ne peut laisser indifférent. Une propension certaine, comme son illustre aîné Marvin, à transcender les mots. Du grand art.

Plus d'infos :
www.vikterduplaix.com


Mercredi 18 février 2004 3 18 /02 /2004 00:00


L’ex-femme de Tricky était attendue au tournant. Normal, Maxinquaye étant considéré (à raison) comme le meilleur album du kid de Bristol... Martina Topley-Bird y faisait déjà montre de ses talents d’interprète, en pleine vague trip hop.
S’adjoignant pour son premier LP solo les services du même Tricky (omniprésent cette année) et de l’irlandais David Holmes, capable du meilleur, l’anglaise à l’organe vocal si particulier livre ici 13 titres vaporeux et délicats. Intro bluesy à la Nina Simone, douce désinvolture sur Need One, choeurs gospels sur Soulfood à mi-chemin entre Morcheeba et Aretha Franklin, ballades low-fi en dilettante sur Lullaby et Lying, rock énergique rappelant PJ Harvey sur I Wanna Be There, violence contenue sur Too Tough Too Die, groove crépusculaire imparable avec Sandpaper Kisses, clôture enjôleuse (Stevie’s (day’s of a Gun)) et inévitable duo (Ragga) font de cet opus une vraie réussite.
On est charmé de bout en bout par le magnétisme de cette jeune maman (décidément), qui enterre le trip-hop pour mieux lui redonner vie.
Bénéficiant d’arrangements de cordes luxueux à la Beatles (époque Abbey Road), d’une production irréprochable et d’une pochette léchée, Quixotic (« idéaliste », « chimérique » en français) mérite largement son appellation. Un des meilleurs disques de la rentrée, qui échappe aux stéréotypes de l’électronique et de la pop.

Plus d'infos :
www.martinatopleybird.com


Mercredi 22 octobre 2003 3 22 /10 /2003 00:00


Héritée de la contestation des années 70 (The Last Poets, Gil Scott-Heron), la poésie d’Ursula Rucker se veut moins politique, en phase avec son temps et ses incertitudes. Même si l’ombre des Blacks Panthers plane au-dessus de ce disque subtil et introverti, on est loin des émeutes du Watts ou du poing levé de Tommie Smith aux J.O. de Munich.
D’ailleurs, Philadelphie, dont est originaire la belle, est davantage réputée pour son passé musical florissant que pour ses ghettos. Sensuelle et énigmatique, Ursula nous conte ses fantasmes et désillusions d’afro-américaine, dans un style qui lui est propre, fait de douceur et d’insistance.
Les concours de Slam ont probablement eu une influence sur la madonne, mais chez Ursula Rucker, les spoken words forment une sorte de litanie, où chaque mot a sa place, et où l’émotion, contenue, enveloppe l’auditeur de coton... Son premier album Supa Sista, bien que salué par la critique, n’avait pas totalement comblé son auditoire, le propos prenant le pas sur les atmosphères. Pas tout à fait émancipée de ses mentors Jazzanova et King Britt, l’afro-américaine posait une première pierre à son "intelligent soul", qui trouve ici une nouvelle crédibilité avec la sortie de Silver or Lead.
Perle du nouveau Philly Sound (célébré entre autres par le hip hop organique de The Roots et la soul avant-gardiste de Vikter Duplaix), cet album comblera les amateurs d’ambiances feutrées.
S’inscrivant dans la lignée de Jill Scott, la maturité en sus (elle est la maman de trois enfants), le flow à la diction parfaite d’Ursula Rucker est une fois de plus talentueusement mis en forme par la crème des producteurs (cités plus haut), le premier single Release étant l’œuvre de Little Louie Vega, qui signe là une latin-house chaleureuse et communicative.
Comme Edith Piaf, Ursula Rucker pourrait chanter le bottin...

Plus d'infos :
www.ursula-rucker.com


Vendredi 17 octobre 2003 5 17 /10 /2003 00:00


Malgré son talent, Jean-Paul Gaultier n’a pu éviter le ridicule à Cameo, groupe de funk bien connu des amateurs de rap et de groove en tous genres, en habillant ses 3 membres pour une pochette ultra kitsch tout droit sortie des années 80. Une époque faite de strass et de paillettes, durant laquelle Larry Blackmon n’hésitait pas à apparaître en justaucorps dans ses clips, à l’image du Gap Band, et de Prince, toujours plus outrancier et androgyne. Word Up et Candy sont néanmoins agréables à écouter, même si on préfèrera aux manières un peu efféminées de Cameo les facéties de The Time, George Clinton et du nain pourpre précédemment cité.


Vendredi 11 avril 2003 5 11 /04 /2003 00:00

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